La protection des sols

 

La qualité du sol

 Les analyses de terre

En Normandie, trois laboratoires sont agréés pour les analyses de sol (Labgrisol, le Laboratoire Agronomique de Normandie en Basse-Normandie et Cap Seine Univert en Haute-Normandie).
L'analyse de sol régulière est un excellent moyen de connaître les évolutions structurelles du sol et de raisonner la fertilisation en fonction des résultats.

En Basse-Normandie

Les données présentées reprennent l'ensemble des résultats d'analyses de terre effectuées en Basse-Normandie entre janvier 1999 et décembre 2005 par le Laboratoire Agronomique de Normandie (LANO), basé à Saint-Lô dans la Manche, soit 53 887 analyses de terre réparties entre les trois départements bas-normands : 13 737 analyses dans le Calvados, 27 426 analyses dans la Manche et 12 724 analyses dans l'Orne (Synthèse des résultats d'analyses de terre, Basse-Normandie 1999-2005, Chambres d'Agriculture de Basse-Normandie, LANO, juin 2006, 28 p.).

Nombre d'analyses par zone


Source : Chambres d'Agriculture de Basse-Normandie-LANO

La densité des analyses du LANO a beaucoup progressé depuis la période 1994-1999 en Basse-Normandie. Aujourd'hui, seuls l'extrémité sud-est de l'Orne et l'Est du Calvados possèdent fréquemment une densité inférieure à 10 analyses par commune. L'éloignement du LANO et l'influence d'autres laboratoires sont les raisons qui peuvent expliquer ce déficit. D'autres zones très localisées (près d'Argentan, l'Aigle et Alençon) sont peu fournies en analyses : ce sont des secteurs urbanisés, peu agricoles. Le seuil nécessaire pour une bonne interprétation des cartes est un minimum d'une analyse de terre pour 100 ha. Seuls 9 cantons bas-normands sur 129 sont en dessous de ce seuil. Les résultats présentés utilisent toutefois des zones plus importantes afin de regrouper suffisamment d'analyses pour être fiables.

Le conseil d'une analyse tous les 5 ans pour 5 à 10 hectares est loin d'être suivi par tous les exploitants. Cette fréquence représenterait 140 000 analyses sur la période 1999-2005, alors que le LANO n'en recense que 50 000 sur la région. La progression en terme de quantité d'analyses (le double depuis 1999) et de répartition spatiale reste évidente : des efforts sont faits par les agriculteurs pour suivre la qualité des sols et par le LANO pour répondre à la demande en constante progression. Les différences restent importantes d'une parcelle à l'autre à l'intérieur d'une même zone, aussi est-il important de contrôler chaque parcelle.

Matière organique

Le statut en matière organique est globalement bon en Basse-Normandie et identique à la période 1994-1999, soit 3,2 %. Près de 60 % des parcelles dépassent 3,2 % de matière organique, niveau considéré comme bien pourvu. Cependant, pour 10 % des parcelles, le taux de matière organique est insuffisant, voire faible à très faible, en dessous de 2 %.

Il existe des disparités géographiques :

  • Les terrains les plus pauvres en matière organique (niveau pauvre ou très pauvre) se localisent dans les sols sableux des côtes manchoises et du Perche, ainsi que dans les zones maraîchères sur limon du Val de Saire et de la Baie de Pontorson. La minéralisation rapide dans les sables et les faibles restitutions des cultures légumières expliquent la difficulté à maintenir l'humus dans ces terres.

  • La Plaine de Caen présente une teneur médiane correcte de 2,4 %. Cependant, avec 32 % de terres pauvres, elle commence à manifester un manque d'humus. Les rotations céréalières, pailles récoltées et sans amendement organique, sont responsables. Cette insuffisance rend les limons fragiles du secteur plus sensibles à la battance et au compactage.

  • Les taux de matière organique les plus forts, au-dessus de 4 %, se concentrent d'une part en terrain argilo-calcaire (Côte du Pays d'Auge, Pays d'Auge ornais), d'autre part dans le Haut bocage normand.

pH

La Basse-Normandie présente une large gamme de pH, de moins de 5 (très acide) à plus de 8 (très alcalin). Les terres acides couvrent le massif armoricain à l'Ouest, sauf sur les côtes. Les terres calcaires dominent dans le bassin parisien à l'Est, sauf là où les placages de limon donnent des sols à tendance acide.
L'acidité est globalement importante. Près de 80 % des parcelles analysées sur la région entre 1999 et 2005 ont un pH inférieur à 6,8.
Le pH médian de la région reste inchangé entre les périodes 1994-1999 et 1999-2005 : 6,1.

Magnésie

Les terres de Basse-Normandie manquent rarement de magnésie (MgO). Seulement 14 % des parcelles analysées présentent une teneur insuffisante.
Le taux de magnésie est interprété en fonction de la Capacité d'Echange Cationique (CEC) de chaque parcelle.
L'ensemble de la Basse-Normandie est globalement à un niveau normal en magnésie. Les apports agricoles compensent certainement la pauvreté naturelle des sols, notamment dans le massif armoricain. Les sources de magnésie sont variées et souvent cumulées : effluents d'élevage, engrais (scories sur les prairies par exemple), amendements calciques magnésiens. Les parcelles localement insuffisantes se rencontrent surtout d'une part en bordure Est de la Basse-Normandie, d'autre part dans le Nord Cotentin et le bocage central. Les plus forts niveaux de magnésie se rencontrent en bordure du Pays d'Auge, dans la zone de Pervenchères, le Bessin, au seuil du Cotentin et particulièrement dans la Baie de Pontorson. Les argiles vertes du Pays d'Auge et du Perche, la tangue de la Baie du Mont St Michel sont riches en magnésie.
Le taux de magnésie médian de la Basse-Normandie est passé de 0,133 g/Kg pour la période 1994-1999 à 0,124 pour la période 1999-2005, soit une baisse très légère de 0,009 g/Kg.

Phosphore

Les terres de Basse-Normandie sont globalement riches en phosphore (P2O5) : 50 % des parcelles analysées ont des taux élevés à très élevés. Seulement 11 % des parcelles manquent de phosphore.
La majorité de la Basse-Normandie est à un niveau élevé en phosphore. Les apports agricoles sont certainement responsables de cette richesse, d'autant plus que cet élément s'accumule sans lessiver. On retrouve les doses importantes et fumures d'assurances conseillées il y a quelques années. Les effluents contribuent également à enrichir les terres dans les régions d'élevage, leur valeur en phosphore étant souvent insuffisamment prise en compte. Les parcelles insuffisamment pourvues se rencontrent surtout dans l'Est et le centre de l'Orne, le Pays d'Auge, la Côte du Pays d'Auge et le Plain. La Plaine sud ornaise, la Plaine d'Argentan et le Pays d'Auge ornais atteignent respectivement 25, 20 et 16 % de parcelles dont la teneur en phosphore est insuffisante.
La teneur en phosphore est globalement à la baisse en Basse-Normandie : de - 0,038 g/Kg (Dyer) à
- 0,006 g/Kg (Joret-Hébert) en médiane selon les méthodes. On constate une baisse importante de la médiane en phosphore dans la Hague : la zone est passée d'un niveau élevé à un niveau normal. D'autres secteurs comme les bocages centre Manche, virois et ornais sont passés d'un niveau élevé à normal en phosphore. Cela traduit sans doute une bonne gestion des fertilisants.
La teneur en phosphore du marais du Cotentin et du Pays d'Auge ornais a augmenté respectivement de + 0,076 (Dyer) et de + 0,081 g/Kg (Joret-Hébert). Ces zones restent à un niveau normal en phosphore mais il faut surveiller l'usage excessif de fumures.

Potasse

Les terres de Basse-Normandie sont globalement riches en potasse (K2O) : 60 % des parcelles analysées ont des taux élevés à très élevés. Les parcelles insuffisamment pourvues se rencontrent surtout dans le Pays d'Ouche, le Pays d'Auge et le nord Perche (canton de Longny), les Bocages du seuil Cotentin et du centre Manche ainsi que sur la côte Ouest de la Manche. Ces secteurs se situent essentiellement sur des roches mères pauvres en potasse : sables pour la Manche et le Perche, argiles à silex en Pays d'Auge et d'Ouche. Les plus forts niveaux de potasse se rencontrent localement dans le Val de Saire, le Bocage sud Manche et les zones de Pervenchères et du Perche. Dans la Manche, la richesse est sans doute due à des apports importants : engrais potassiques sur légumes dans le Val de Saire, fumiers dans le sud Manche. La zone de Pervenchères se caractérise par l'étendue des argiles vertes, naturellement riches en potasse.
Les teneurs en potasse sont globalement stables en Basse-Normandie : - 0,006 g/Kg en médiane. Les plus fortes baisses en potasse sont observées pour la Plaine d'Argentan (- 0,026 g/Kg), la Baie de Pontorson (- 0,020 g/Kg) et le Bocage ornais (- 0,018 g/Kg). Dans ces zones, la majorité des parcelles reste à des niveaux normaux à élevés. Cela traduit sans doute une bonne gestion des fertilisants. A l'inverse, alors qu'on en dénombrait seulement 10 % en 1999, aujourd'hui 13 % des parcelles de la Basse-Normandie se trouvent à un niveau insuffisant en potasse. Ces parcelles nécessitent une surveillance pour éviter des carences en potasse sur les cultures.

Oligo-éléments

  Avertissement : pour juger du risque de carence en oligo-éléments sur les cultures, l'analyse de
  terre n'est pas la méthode la plus fiable ; une analyse foliaire est généralement plus précise. Les
  seuils d'interprétation utilisés sont des références nationales, pas forcément adaptées aux
  conditions de sol et de climat de la région. De fait, malgré des teneurs du sol souvent jugées
  insuffisantes, les cas de carence avérés sur culture restent rares dans la région. Attention aussi à
  la fiabilité des résultats par zone, le nombre d'analyses en oligo-éléments étant beaucoup plus
  restreint que l'analyse chimique classique.

En Basse-Normandie, les teneurs en oligo-éléments sont globalement insuffisantes. Le zinc, le cuivre, le bore manquent pour au moins la moitié des parcelles analysées.
La Basse-Normandie est pauvre en zinc. Pour 49 % des parcelles, la teneur est insuffisante. Seules 3 zones ont une teneur élevée (Côte du Pays d'Auge, Pays d'Auge et Bessin) et 2 zones une teneur normale (Haut synclinal bocain et Marais du Cotentin).
La Basse-Normandie est aussi pauvre en cuivre. Pour 74 % des parcelles, la teneur est insuffisante. Seules 3 zones ont des teneurs normales (Plaine de Caen, Bessin et Val de Saire).
Elle est, par contre, riche en manganèse. Seulement 8 % des parcelles ont des teneurs insuffisantes : essentiellement la Côte ouest Manche. Les terres les plus pourvues en manganèse se localisent dans les Bocages du Cotentin et du seuil Cotentin, dans le Pays d'Ouche et le secteur de l'Aigle. Les teneurs très élevées en manganèse sont souvent indicatrices d'une mauvaise structure du sol, fréquente dans ces secteurs touchés par l'excès d'eau.
La Basse-Normandie manque aussi de bore. Pour 57 % des parcelles, la teneur est insuffisante. La bordure du Pays d'Auge est le seul secteur avec un niveau élevé, le Val de Saire et le Bocage centre Manche présentent un niveau normal. Cet oligo-élément est surtout important pour les cultures de betteraves, présentes essentiellement dans les plaines du Calvados et de l'Orne.

En Haute-Normandie

Des données relatives à la qualité ne sont pas disponibles pour la Haute-Normandie. Cependant, la mise en place du réseau de mesure de la qualité des sols (cf ci-dessous) permettra d'avoir des données précises dans les années à venir.

Le réseau de mesure de la qualité des sols (RMQS)

Compte tenu de l'importance de la qualité des sols, un réseau de mesure a été mis en œuvre par le Groupement d'intérêt scientifique Sol qui réunit les ministères chargés de l'Agriculture et de l'Environnement, l'INRA, l'ADEME, l'IFEN et l'IRD. Ce réseau permettra de dresser un bilan de l'état des sols en France, de suivre leur évolution à long terme et de prévenir leur dégradation. La mise en place de ce réseau est coordonnée par l'INRA d'Orléans, avec la participation de partenaires régionaux dont les Chambres régionales et départementales d'Agriculture.

Les 113 points de mesure prévus ont été mis en place en Normandie. D'ici quelques années, ce réseau permettra de mesurer la qualité des sols et son évolution sur toute la Normandie.

  Premiers résultats du RMQS en Normandie

 En Normandie, l'acidification et le tassement sont en première ligne des menaces pesant sur la
 qualité des sols. Le risque d'acidification concerne plus de 40 % des sites, même si une partie est
 actuellement chaulée. Dans notre région, la tendance acide naturelle de la plupart des sols et la
 pluviométrie abondante entretiennent la baisse du pH. Même les sols sur craie peuvent être
 concernés, leur pH doit être surveillé.
 Le tassement est la seconde cause de dégradation de la qualité des sols dans la région. Cela
 s'explique par l'abondance des sols limoneux, très sensibles à la compaction : limons éoliens,
 limons sur argile à silex, limons sur schiste… Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les
 phénomènes de tassement sont plus fréquents en prairie (deux tiers des sites concernés) qu'en
 labour. C'est généralement le piétinement par le bétail en période humide qui est en cause.
 Les parcelles étudiées dans le cadre du réseau paraissent relativement indemnes des autres
 risques de dégradation des sols. La battance ("glaçage" en surface) concerne 11 % des sites,
 l'érosion seulement 8 %. La diminution de la matière organique est un risque constaté uniquement
 dans 2 % des sites normands. Il est vrai que les prairies et les bois, larges pourvoyeurs d'humus,
 couvrent 60 % du réseau.

Les autres études

  • La Chambre départementale d'Agriculture du Calvados assure une prestation complète pour l'étude agro-pédologique nécessaire à l'autorisation d'épandage. Cette étude a pour but d'établir l'aptitude des sols à l'épandage et les précautions à prendre lors d'apports d'effluents.

  • En collaboration avec l'INRA, des analyses de sol seront réalisées sur la période 2005-2007, afin de constituer une base de données pour pouvoir évaluer l'évolution des sols normands.