|
Consultés par les Chambres
d'agriculture de Normandie à l'automne 2008, 1.160 agriculteurs ont fait
part de leurs préoccupations sur les orientations du nouveau Schéma
d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE). Cette mobilisation importante
montre l'implication des agriculteurs sur l'enjeu de l'eau. Elle traduit
aussi une certaine inquiétude sur les politiques de l'eau à venir.
Les 6 thématiques agricoles du
SDAGE soumises à l'avis des agriculteurs normands :
 |
Réduire le recours aux produits
phytosanitaires en agissant sur les pratiques
L'objectif de réduction du recours aux produits
phytos préoccupe aussi beaucoup les agriculteurs. Favorables à près
de 60 % aux mesures agronomiques comme la diversification des
assolements ou l'allongement des rotations, ils sont beaucoup plus
réservés sur la faisabilité du désherbage mécanique (refus à 53
%) et de l'introduction de cultures pérennes à faible niveau
d'intrants (remise en herbe, myscanthus – refus à 55 %) sur leurs
exploitations si elles ne sont pas économiquement rentables. En
outre, 12 % se déclarent prêts à évoluer vers l'agriculture
biologique. Par ailleurs, les agriculteurs expriment fortement des
besoins de recherche sur des produits non polluants, des références
et outils pour adapter les itinéraires techniques. Les agriculteurs
s'inquiètent des contraintes de travail des méthodes alternatives à
la protection chimique. Ils se demandent comment répercuter les
coûts supplémentaires sur les productions dont ils ne maîtrisent
pas les prix.
|
 |
Diminuer la pression polluante
par les fertilisants (nitrates et phosphore) en élevant le niveau
d'application des bonnes pratiques agricoles
La gestion de la fertilisation azotée est l'enjeu
sur lequel les agriculteurs normands sont les plus engagés : près de
80 % des exploitants qui ont répondu appliquent déjà ou jugent
applicables (1/4 à 1/3) l'analyse des reliquats sortie hiver ou
l'optimisation des doses, mais à condition, pour près des 2/3, de ne
pas réduire les objectifs de rendement.
|
 |
Implanter systématiquement une
culture intermédiaire avant une culture de printemps et la détruire
mécaniquement
Si plus de la moitié des exploitants déclarés en
zone vulnérable est favorable à la couverture hivernale des sols (27
% la pratiquent déjà), 37 % jugent difficile, pour des raisons
techniques, de la généraliser sur toutes leurs parcelles et de la
détruire mécaniquement.
|
 |
Adopter une gestion des sols et
de l'espace agricole permettant de réduire les risques de
ruissellement, d'érosion et de transfert des polluants
Concernant la lutte contre le
ruissellement et l'érosion, près d'un répondant sur deux estime que
le maintien des herbages, des haies et des talus dans des zones à
risques est envisageable sous réserve de la réalisation d'un
diagnostic qui permette de cibler ces zones et d'une compensation
économique des contraintes engendrées. 38 % seraient prêts à
adapter le travail du sol dans ces zones. Cependant, près de 45 % de
ces exploitants estiment que l'implantation généralisée de bandes
enherbées de 5 m au bas de chaque parcelle n'est pas réalisable sur
leurs exploitations. Ils s'interrogent sur la valorisation économique
de l'herbe.
|
 |
Limiter les risques
microbiologiques d'origine agricole
Pour atteindre l'objectif de limiter les risques
microbiologiques d'origine agricole, les agriculteurs consultés
privilégient l'adaptation de leurs pratiques d'épandage (enfouir les
lisiers immédiatement après épandage) à l'implantation de bandes
enherbées de 5 mètres en bas de chaque parcelle qui n'est pas
applicable pour plus d'un agriculteur sur deux. Par ailleurs, près de
40 % des agriculteurs consultés sont défavorables à une limitation
du chargement en bétail des prairies. En effet, dans certains zones,
les chargements autorisés ne sont parfois pas suffisants pour assurer
l'entretien des milieux et la qualité de l'herbe.
|
 |
Protéger les bassins d'alimentation de captage,
notamment en permettant aux collectivités d'acquérir les terres dans
les zones de protection réglementaire
S'agissant de la protection des bassins
d'alimentation de captage, notamment en permettant aux collectivités
d'acquérir les terres dans les zones de protection réglementaire,
les agriculteurs consultés refusent à plus de 60 % toutes les
modalités qui passeraient par une acquisition foncière des
parcelles. Dans la mesure où des pratiques particulières devraient
être proposées dans ces secteurs sensibles, 3/4 des agriculteurs
seraient plutôt favorables au maintien des parcelles en propriété
agricole et à une contractualisation avec la collectivité sur le
respect d'un cahier des charges de gestion accompagné d'une
compensation économique des contraintes.
|
|
 |
|
En conclusion,
Les agriculteurs normands sont
relativement ouverts sur une majorité de mesures proposées dans
le SDAGE sous réserve qu'elles soient techniquement réalisables, mises
en œuvre de façon
progressive et acceptables en terme d'impacts sur l'économie de
l'exploitation et les conditions de
travail. Ils estiment que toutes les mesures ne sont pas applicables
partout et qu'il est important
de faire preuve de souplesse pour tenir compte des conditions
climatiques et de la diversité des
systèmes. Dans le cadre d'une démarche constructive favorable aux
évolutions de pratiques, les
exploitants normands sont attachés à la réalisation d'un diagnostic
préalable qui permette
d'identifier les enjeux locaux des territoires et souhaitent être
associés à la définition d'actions adaptées à ces enjeux. Ils ont
fortement exprimé l'importance d'une compensation économique
des contraintes ainsi que les appuis nécessaires pour accompagner les
évolutions de pratiques
(références techniques, formation, conseil, intégrer la prise de
risque économique lors des
changements de systèmes).
|
 |

|